Le vrai prix de la santé “gratuite”
Ce que personne ne dit (mais que les kinés vivent au quotidien)
Santé gratuite: La gratuité apparente a un prix. Les kinés libéraux qui le paient, avec leur temps, leur santé, leur énergie, leur vocation.
C’est remboursé, donc c’est gratuit ?
C’est une croyance très répandue dans l’imaginaire collectif français : grâce à la Sécurité sociale, les soins sont « gratuits ». Et les professions de santé, kinésithérapeutes en tête, seraient bien loties, puisque leur activité est assurée par le remboursement des actes.
Mais dans la réalité du terrain, la gratuité apparente a un prix. Et ce prix, ce sont les kinés libéraux qui le paient, avec leur temps, leur santé, leur énergie, et parfois leur vocation.
Ce que cache la prise en charge à 100 %
En 2025, l’acte de base d’un kiné est toujours fixé à 16,55 € brut. Il n’a quasiment pas bougé depuis 2002. En deux décennies, les charges ont explosé, les exigences de qualité ont augmenté… mais le tarif, lui, reste figé.
Pour ce tarif, que comprend la prestation du kiné ?
- L’accueil du patient
- L’analyse de l’ordonnance et le bilan clinique
- Le soin (manuel, actif, éducatif)
- Le suivi du dossier, les contacts avec les autres professionnels
- L’entretien du matériel, du cabinet, la gestion administrative…
Tout cela en environ 30 minutes de présence individuelle avec le patient… Et sans reconnaissance explicite des années de formation ou de « spécificités d’exercice ».
Pendant ce temps, le coût de la vie augmente, les charges sociales et fiscales s’alourdissent, les loyers flambent, les matériaux de soin deviennent plus techniques…
Résultat : la marge de manœuvre fond. Et avec elle, la qualité du temps de soin.
Une illusion de gratuité qui épuise le système
Dans les faits, ce modèle de santé à bas coûts repose sur un principe implicite : le sacrifice silencieux des soignants.
Pour maintenir leur activité, les kinés doivent souvent :
- Enchaîner les séances sans pause
- Réduire le temps de prise en charge par patient
- Travailler plus de 50 heures par semaine
- Reporter à plus tard (souvent à jamais) leurs projets d’investissement, d’évolution, de spécialisation…
Le patient ne paie pas plus… mais il attend.
Le kiné ne facture pas plus… mais il s’épuise.
Les conséquences ?
- Des retards de prise en charge à rallonge
- Des soins parfois réduits au minimum technique
- Une désertification professionnelle dans certaines zones
- Une augmentation des reconversions
Et surtout : un système qui nie la réalité du soin de qualité.
Diversification : une réponse responsable, pas une trahison
Face à cette impasse, de nombreux kinés libéraux font aujourd’hui un choix responsable :
👉 Proposer, en plus des soins conventionnés, des accompagnements complémentaires hors nomenclature.
Ces actes ne sont pas remboursés, car ils ne sont pas prévus dans la NGAP (nomenclature générale des actes professionnels). Mais ils sont parfaitement légaux, éthiques, et adaptés aux besoins actuels des patients.
Contrairement à certaines idées reçues, ce n’est ni de la vente déguisée, ni une dérive commerciale. C’est souvent ce qui permet de reprendre le temps de soigner pleinement, au-delà de ce que l’Assurance Maladie peut (ou souhaite) financer.
Pourquoi cette diversification est une bonne nouvelle
Ce modèle hybride, équilibré entre soins remboursés et prestations complémentaires, permet :
- ✔ Mieux prendre en charge les besoins au-delà de la nomenclature
- ✔ Valoriser le temps passé à l’éducation thérapeutique, la prévention, l’écoute, la globalité
- ✔ Proposer des formats innovants : bilans spécialisés, ateliers collectifs, suivi actif
- ✔ Offrir aux patients des solutions personnalisées, sans dépendre uniquement des remboursements
- ✔ Continuer d’investir dans des locaux de qualité, du matériel moderne, un accueil digne, des formations…
Bref, mettre du soin là où le système ne passe plus.
Et ce, en toute transparence : le patient est informé, un devis est proposé, l’éthique professionnelle est respectée, la mission de santé publique accomplie au-delà du traitement des pathologies.
L’engagement de la FFMKR pour revaloriser les actes conventionnés
Si la FFMKR 74 défend la possibilité de diversifier son activité par des actes hors nomenclature, elle ne renonce en aucun cas au combat historique pour une revalorisation structurelle des soins conventionnés.
La kinésithérapie conventionnée joue un rôle fondamental dans l’accès aux soins pour tous. Mais aujourd’hui, les tarifs actuels ne permettent plus d’assurer cette mission dans de bonnes conditions. Ils mettent en péril l’équilibre économique, la qualité des soins, et l’attractivité du métier.
C’est pourquoi la FFMKR 74 reste pleinement mobilisée pour :
- Obtenir une revalorisation significative des actes de base et des actes spécialisés
- Défendre une meilleure prise en compte du temps réel de soin et de la complexité clinique
- Revendiquer la reconnaissance du champ de compétences élargi des kinésithérapeutes
- Réduire les inégalités territoriales en garantissant une rémunération plus juste
Le hors nomenclature est une solution complémentaire, parfois indispensable. Mais il ne doit pas servir d’alibi à la sous-valorisation chronique de notre cœur de métier.
Nous continuerons à exiger, avec force et détermination, un système conventionnel plus juste, plus cohérent, et plus respectueux du soin que nous délivrons.
FFMKR 74 — Deux piliers, un même objectif : soigner mieux, durablement
La FFMKR 74 se bat sur deux fronts complémentaires :
1) le conventionnel, à renforcer ;
2) le hors nomenclature / hors convention, à développer avec rigueur et transparence.
Pilier 1 — Conventionnel (ce que nous demandons maintenant) :
1️⃣ Rémunération modernisée avec dépassements d’honoraires encadrés, construits avec la CNAM, la DGOS et les organismes complémentaires (mutuelles/assureurs via l’UNOCAM) pour un modèle pérenne et lisible.
2️⃣ Accès direct généralisé, prévention intégrée dans le conventionnel et droit à la prescription : agir en amont coûte moins cher que le curatif ; 1 € en prévention = 5 à 10 € d’économies pour le système.
3️⃣ Respect du calendrier : l’avenant 7 gelé au 1ᵉʳ juillet 2025 doit entrer en vigueur au 1ᵉʳ janvier 2026 ; avancer les revalorisations prévues pour juillet 2026 pour éviter un nouveau blocage et tenir la parole donnée.
Pilier 2 — Hors nomenclature / hors convention (ce que nous assumons) :
✅ Complémentaire, pas substitutif : il répond à des besoins non couverts, valorise l’expertise et l’innovation.
✅ Encadré déontologiquement : information claire, consentement, traçabilité ; même exigence de qualité.
✅ Au service du patient : prévention, éducation, parcours personnalisés — en cohérence avec le conventionnel, pas contre lui.
Notre force, c’est vous. La FFMKR est le porte-voix ; plus nous serons nombreux, plus nous pèserons pour faire bouger les lignes.
💪 Mobilisés, responsables, solidaires.
Une mise en garde essentielle
Aujourd’hui, la liste d’attente pour des soins conventionnés est déjà longue. Dans certains territoires, il faut des semaines pour obtenir un premier rendez-vous.
Et ce délai ne cesse de s’allonger, car le maintien de tarifs aussi bas limite, chaque semaine un peu plus, le temps disponible pour ces actes au sein des cabinets.
Si rien ne change, l’accès aux soins conventionnés va continuer à se dégrader. Et les patients les plus fragiles en seront les premières victimes.
Une revalorisation décente des kinésithérapeutes reste incontournable pour garantir un accès au soin pour tous.
Conclusion : soigner mieux, c’est aussi se soigner soi-même
Les kinés ne demandent pas la lune. Ils demandent simplement que leur expertise soit respectée, que leur temps soit reconnu, et qu’ils puissent exercer dans des conditions compatibles avec la qualité de vie et de soin.
La diversification raisonnée n’est pas une fuite. C’est un acte de survie professionnelle. Et surtout : un acte de responsabilité face à un système qui, sans réforme, court à l’épuisement.
Soigner ne devrait jamais être un sacrifice.
Et si nous voulons vraiment préserver une santé accessible, humaine et durable, cela commence par revaloriser celles et ceux qui la rendent possible chaque jour.
✉️ Article rédigé par la FFMKR 74 dans le cadre de sa mission d’information et de défense des conditions d’exercice des masseurs-kinésithérapeutes libéraux.


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